Le nouveau défi de Naoto Matsumura « The new challenge of Naoto Matsumura » Par Antonio Pagnotta – 17 avril 2018

IMG_8284

La gare de Tomioka a été rouverte. C’est pratique ; le train me dépose dans la ville de Naoto Matsumura. Le voyageur ne peut pas aller plus loin ; c’est le terminus. En 2011 c’était la gare de Hirono à quinze kilomètres d’ici. Dans le wagon, il y avait deux autres personnes. Depuis sept ans, à chaque fois, c’était ainsi. Qui veut se rendre dans une ville radioactive en ruine et encombrée d’épaves de voitures et quadrillée de mastaba de déchets radioactifs ? Personne.

• The train station of Tomioka was reopened. It is practical; the train deposits me in the city of Naoto Matsumura. The traveler cannot go farther; it is the terminus. In 2011 it was the station of Hirono in fifteen kilometers from here. In the car, there were two other people. For seven years, every time, it was so. Who want to go in a radioactive city to ruin and blocked by car wrecks and covered by « mastaba » of radioactive waste? Nobody.

En sortant de la gare, je me fige. Un spectacle insensé s’offre à mes yeux. Des cyclistes en tenue colorée discutent avec animation, et insouciance. Et les radiations ? Venir à Tomioka pour passer une bonne journée entre amis ? Qu’est-il arrivé aux Japonais ?
Matsumura m’attend. Cela fait trois ans que je ne l’ai pas vu. Trois ans que je me tiens loin des radiations, et de Tomioka. Et depuis trois ans, il ne donne plus de nouvelles. Qu’est-il arrivé a Naoto Matsumura ?

By going out of the station, I congeal. An insane show offers itself for me. Cyclists in colored holding discuss with animation, and carefreeness. And the radiations? To come to Tomioka to have a nice day between friends? What happened to the Japanese?
Matsumura waits for me. It has been three years since I saw him. Three years when I am held far from the radiations, and far from Tomioka. And for three years, he gives no more news. What happened has Naoto Matsumura?

Son K-Truck, un petit camion avec quatre roues motrices est garé sur un parking asphalté de frais. Les démarcations blanches sont très graphiques. La première chose que j’observe chez Naoto, ce sont ses joues. Dès qu’il est stressé ou malade, son visage se creuse. Elles sont pleines, roses, et ses épaules carrées. À 60 ans, il en paraît 50. Sa fière indépendance, sa volonté de dignité l’ont amenée à faire des choix envers le bon sens et contre tous. Sa force de caractère, et sa générosité lui permettaient de faire la différence, et de réussir là où l’échec l’attendait. La solitude passée dans la zone interdite reflétait la solitude des positions personnelles dans une société conformiste comme le Japon. Il pourrait aujourd’hui recevoir honneurs et prendre un rôle politique, mais au prix de sa liberté. Durant cinq ans de reportage, j’ai appris à le lire. À voir les fatigues accumulées durant ces années d’épreuves. Dans ses yeux, une ombre passe furtive, noire. Dès le premier regard échangé à la gare, je l’ai vu glisser dans ses prunelles.
Naoto me demande de patienter. Nous n’allons pas de suite à la ferme : « Je veux voir le front de mer. Je ne suis pas venu ici depuis un an ».

• Its K-Truck, a small truck with four-wheel drive is parked on a parking lot new asphalted. The white demarcations are very graphic. The first thing which I observe at Naoto, they are the cheeks. As soon as he is put under stress or sick person, the face gets dug. They are full, pink, and the square shoulders. At the age of 60, he seems 50 there. Its proud independence, its will of dignity brought her to make choice to the common sense and against all. Its strength of character, and its generosity allowed him to make the difference, and to succeed where the failure waited for him. The solitude spent in the restricted zone reflected the solitude of the personal positions in a conformist society as Japan.

IMG_7933He could receive honors today and take a political role, but at the price of his freedom. For five years of report, I learnt to read it. To see tire them accumulated during these years by events. In the eyes, a shadow passes furtive, black. From the first look exchanged at the station, I saw him sliding in its pupils. 
Naoto asks me to wait. We do not go immediatly to the farm:  » I want to see the sea front. I did not come here for one year « .

A Tomioka, photographie du désastre nucléaire /To Tomioka, photography of the nuclear disaster

Coincé entre une montagne et la centrale nucléaire de Daii Ni, le bord de mer est un immense chantier. Derrière la gare, une cathédrale de poutres d’acier soutient la construction d’une autoroute suspendue. Vers la montagne, une digue anti-tsunami est en construction. Coté centrale nucléaire, d’immenses tentes blanches tels des hangars pour avion absorbent les déchets produits par la « décontamination ». Elles abritent des incinérateurs. Tout ce qui a été arraché ou coupé du sol y est brulé. Herbes, branches, terre, matériaux de construction et bois de charpente deviennent cendres. Leur combustion émet un grondement incessant. Une maigre fumée blanche s’échappe de deux cheminées d’inox. Les collines de sacs noirs ont disparu, ou presque. Méthodiquement, l’immense machine industrielle mise en marche par la bureaucratie japonaise fonctionne comme une usine Toyota. Elle a avalé les ruines du tsunami ; reste ceux du désastre nucléaire.

 

• Stuck between a mountain and a nuclear power plant of Daii Ni, the seaside is an immense construction site. Behind the station, a cathedral of beams of steel supports the construction of a suspended highway. Towards the mountain, the dike anti-tsunami is under construction. Highly-rated nuclear power plant, immense white tents like aircraft hangars absorb waste produced by the « decontamination ». They shelter incinerators. All which was torn away or cut by the ground is burned there. Herbs, branches, earth, building materials and timber become ash. Their combustion emits a ceaseless rumbling. A thin white smoke escapes from two fireplaces of stainless steel. The hills of black bags disappeared, or almost. Methodically, the immense industrial machine started up by the Japanese bureaucracy works as a factory Toyota. She swallowed the ruins of the tsunami; remain those of the nuclear disaster.

IMG_8237

 


La digue est un ouvrage d’art. Le gris clair du béton japonais décrit une courbe tendue vers la mer. À part une bande de sable, la plage a été cimentée ; le port aussi. Une immense grue montée sur une barge y est amarrée. La seule trace du tsunami qui a dévasté le Tohoku en 2011, c’est une grille en inox. Elle est cachée au pied d’une dune artificielle. Les barreaux déformés par la vague géante sont la seule preuve qu’il y a sept ans qu’une vague géante a déferlé ici. Design comme du mobilier urbain, un compteur Geiger est planté sur le quai. Alimenté par un panneau solaire, son écran indique 0,0098 micro sieverts. Le chiffre semble optimiste, voire fantaisiste. Une polémique avait suivi leur installation généralisée. La plaque d’acier sur laquelle ils étaient fixés bloquait la moitié des radiations. J’interroge Naoto.
« C’est exact ici, mais dans la forêt de Namie, (une commune située à 20 kilomètres de distance), la radioactivité est de 1 micro sievert à un mètre du sol. »

• The dike is a work of engineering. The light gray of the Japanese concrete describes a curve tightened towards the sea. Except for a band of sand, the beach was cemented; the port also. An immense crane gone up on a barge is moored to it. The only track of the tsunami which destroyed Tohoku in 2011, it is a railing in stainless steel. She is hidden at the foot of an artificial dune. Bars deformed by the giant wave are the only proof that seven years ago a giant wave broke out here. Design as of the street furniture, a Geiger counter is crashed on the platform. Fed by a solar panel, its screen indicates 0,0098 microsieverts. The figure seems optimistic, even cabaret artist. A debate had followed their generalized installation. The plate of steel to which they were fixed blocked half of the radiations. I question Naoto.
 » It is exact here, but in the forest of Namie, (a municipality situated in 20 kilometers of distance), the radioactivity is 1 microsievert in a meter of the ground.  »

IMG_8267
Le port remis à neuf pourra recevoir des bateaux de pêches et de plaisance, un jour.
« L’eau regorge de poissons, mais personne ne les pêche. Et tout ça a couté 7,6 milliards euros. » dit Naoto.
En route pour la ferme, je m’extasie de nouveau. Tomioka a une station service, et les feux de signalisation fonctionnent. Le Japon s’active pour s’offrir la plus belle vitrine possible, les des jeux olympiques de 2020. Et faire oublier Fukushima. Cerise sur le gâteau, un hôtel de 40 chambres, flambant neuf vient d’ouvrir. Pour qui ? En 2011, 16 000 personnes vivaient ici, aujourd’hui 560 sont revenues. La plupart sont âgées.

• The done up like new port can receive boats of peaches and sailing, one day. 
 » The water abounds in fishes, but nobody fishes for them. And all this cost 7,6 billions euros.  » Says Naoto. 
Heading for the farm, I go into raptures again. Tomioka has a gas station, and traffic lights work. Japan bustles to offer itself the most beautiful possible showcase, of the olympics of 2020. And lead to forget Fukushima. « Cherry on the cake », a hotel of 40 rooms, brand new has just opened. For whom? In 2011, 16 000 people lived here, today 560 returned. Most are old.

Le nouveau défi de Naoto/The new challenge of Naoto

Dès mon arrivée à Tokyo, j’avais pris contact avec Naoto pour l’informer du jour de ma visite. Et j’avais dit les politesses d’usage.
« Otosan genki desuka ? Votre père va bien ? » Depuis 2015, son père était revenu vivre dans la ferme.
« Shinda, il est mort en janvier. C’est l’âge. Il avait 86 ans. »
La politesse nipponne est une berceuse à laquelle il faut résister pour ne pas subir l’illusion de l’harmonie. J’attendais de le voir en personne afin d’approfondir les questions que tous nous nous posions. Celle de la mort de son père s’ajoutait aux autres en suspens.

• From my arrival to Tokyo, I had got in touch with Naoto to inform him in the daytime about my visit. And I had said customary courtesies.  » Otosan Genki Desuka? Your father is well.  » Since 2015, his father had meant living in the farm.  » Shinda, he died in January. It is the age. He was 86 years old.  » The Japanese politeness is a rocking chair in which it is necessary to resist not to undergo the illusion of the harmony. I waited to see him personally to deepen the questions that all settle us. That of the death of his father was added to the others unsettled.
Une cigarette au bec, Naoto me demande à brûle pourpoint.
« Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? ».
Drôle de question. On devra manger ce qu’on peut acheter. D’habitude, un bento froid noyé de saké pour le réchauffer.
« Où peut-on faire les courses dans les environs ? »
« Il y a un konbini Lawson (une superette), mais avant on va récolter des herbes. Et voir des nids, c’est mon nouveau job. »
« Des nids ? »
« Oui, je fais une veille sur la population des oiseaux à Tomioka et Namie pour une ONG Nippon Yacho no Kai, l’association Japonaise des oiseaux sauvages. »
En roulant, il décrit les nouveautés.
« L’école a été rouverte, classe élémentaire et collège. 18 élèves en tout. »
Naoto s’arrête dans une rue de Tomioka. Il se dirige vers un arbre. Une boite y est fixée. Elle porte le numéro T-8. Il soulève le couvercle pour me montrer. A l’intérieur, un nid contient 6 œufs de mésange charbonnière. Un oiseau lance un cri de colère.
« La mésange s’inquiète, il faut s’éloigner du nid. » dit Naoto.
Une fois par semaine, il fait la tournée des 100 boites installées. Puis il avise dans une platebande des bourgeons en forme de crosse d’évêque.
« Du Zenmaii. C’est délicieux. Et ça coute 15 000 yens au kilo, soit 110 euros. » C’est de l’osmonde du japon, une variété de fougères.
Dans la rue, il y a beaucoup de parcelles de terrain entre les maisons. C’est ce qui reste des maisons rasées au sol par leurs propriétaires. Et tous les matériaux ont fini à la plage, dans les incinérateurs. Dans le nid T-13, il n’y a aucun œuf. Non loin, un compteur Geiger urbain indique 0,134 micro sievert.
« Un raton laveur les aura mangés. Ça dévore tout : œufs, poussins et mésange. »

• A cigarette in the beak, Naoto asks me to burn doublet.  » What we eat this evening? « . 
Funny question. We will have to eat what we can buy. Usually, a cold bento bathed in sake to warm it.
 » Where can we go shopping around?  »  » There is a konbini Lawson (a minimarket), but before we are going to collect herbs. And to see nests, it is my new job.  »  » Nests?  »  » Yes, I make the day watch on the population of birds for Tomioka and Namie for a NGO Japanese Yacho no Kai, the Japanese association of the,Wild birds.  » By driving, he describes the novelties.  » The school was reopened, classy elementary and middle school. 18 pupils in everything.  » Naoto stops in a street of Tomioka. He goes to a tree. A box is fixed to it. It wears the number T-8. He lifts the lid to show me. Inside, a nest contains 6 eggs of great tit. A bird throws a cry of rage.  » The tit worries, it is necessary to go away from the nest.  » Says Naoto.

IMG_7773

Once a week, he goes round 100 installed boxes. Then he thinks it over in a bed of buds in the shape of bishop’s butt. 
« Of Zenmaii. It is delicious. And that costs 15 000 yens to the kilo, that is 110 euros. » It is of the osmonde of Japan, variety of ferns. 
In the street, there are many plots of land between houses. It is what remains houses shaved on the ground by their owners. And all the materials finished in the beach, in incinerators. In the nest T-13, there is no egg. Not far, an urban Geiger counter indicates 0,134 microsievert. » A raccoon will have eaten them. That devours everything: eggs, chicks and tit ».
« Comment vont les vaches ? »
« Bien. Mais dans dix ans, il n’y aura plus de vaches, elles seront mortes, et moi aussi ! » Et il éclate de rire. « Ils ont attaqués en Syrie. » dit-il. Un faisan traverse la route. « J’ai lu que la centrale de Fessenheim allait être fermée. »
« Chaque président le dit, puis oublie. »
« Un jour cela explosera aussi en France. »
Nous roulons sur un chemin défoncé. Un panneau indique que la route n’est pas praticable : il est interdit d’aller plus avant. Il arrête son K-truck près d’un buisson et nous poursuivons à pied. Il m’indique un jeune arbre.
« Taranome. Ce soir, on se régale avec un tempura, une friture. » Taranome, l’aralie du Japon est un arbuste dont les bourgeons sont comestibles. Très prises pour leur saveur, ils valent de 80 à 100 euros au kilo au prix de gros. Ces arbres perdus au bout d’un chemin impraticable offrent des bourgeons, plus grand que sa main. En une heure, malgré les épines des troncs, Naoto va en récolter un kilo.
« D’habitude, dès que le bourgeon mesure 5 centimètres il est cueilli. De cette taille, on ne peut en trouver qu’a Fukushima. »
« Et les césiums ? »
« Il n’y a pas de problème pour les manger. Il y a sept ans, il y en avait beaucoup plus. Aujourd’hui, il a presque complètement disparu. Chaque année il a diminue de moitié. »
Naoto se trompe. Si le césium 134 a une demie vie de presque 3 ans, celle du césium 137 est de 30 ans. Le sol où le meilleur taranome du Japon pousse est contaminé. Certes la pluie en a drainé une bonne partie dans la rivière, mais il en reste. Chaque jour, le vent apporte de la poussière radioactive. Depuis le contrôle médical de 2011 effectué à l’université de Tokyo, il n’a plus visité d’hôpital. Apparemment, Naoto est en pleine forme, bon pied, bon œil. Sa santé est quasi insolente, et tout à son vice, la tabagie, il fume des cigarettes à la chaine.

•  » How go cows? «   » Good. But in ten years, there will not be cows anymore, they will have died, and too!  » And he roars.  » They attacked in Syria.  » He says. A pheasant crosses the road.  » I read that Fessenheim was going to be closed.  »  » Every president says it, then forgets.  »  » One day it will also explode in France. « 
We drive on a broken up way. A panel indicates that the road is not feasible: it is forbidden to go further. He stops his K-truck near a bush and we continue on foot. He indicates me a young tree.

 

« Taranome. This evening, we feast with a tempura, a frying. » Taranome, the aralie of Japan is a shrub buds of which are edible. Very taken for their flavor, they cost from 80 to 100 euros in the kilo in the wholesale price. These trees lost at the end of an impracticable way offer buds, bigger than his hand. In one hour, in spite of the thorns of trunks, Naoto is going to collect one kilo. 
« Usually, as soon as the bud measures 5 centimeters he is picked. Of this size, we can find there only Fukushima has. » « And cesiums? ». « There is no problem to eat them. Seven years ago, there was much more. Today, he almost completely disappeared. Every year he has decreases in half. »
Naoto makes a mistake. If the cesium 134 has half a lives of almost 3 years, that some cesium 137 is of 30 years. The ground where the best taranome of Japan shoot is contaminated. Certainly the rain drained a good one left in the river, but there remains. Every day, the wind brings some radioactive dust. Since the medical supervision of 2011 made at the university of Tokyo, he did not visit anymore a hospital. Apparently, Naoto is on form, good foot, good eye. His health is almost impertinent, and everything in his vice, the smoke den, he smokes cigarettes in the chain.
Le repas s’annonce mémorable, bien que radioactif. « Le tempura de ce soir doit être baptisée « Tepco Tempura » lui dis-je. Le diner sera le moment privilégié pour parler de son silence.
On repart avec deux sacs de supermarché pleins de bourgeons. Sur la route, près de sa maison, il reste quelques balles de fourrage enveloppées dans du plastic blanc. Une mini pelle équipée d’une pince est garée sur le bas côté. Sans mini pelle, pas possible de charger la balle sur son K-Truck.

Avant d’aller au pré, Naoto m’emmène voir les abeilles. Sur un ancien atelier de charpente métallique à ciel ouvert, deux ruches bourdonnent. C’est son nouveau projet. Sans mettre de protection, il soulève avec précautions un des couvercles, puis le tissu qui couvre les rayons. Le bourdonnement monte de plusieurs tons.
« Les abeilles se fâchent. Il fait froid. Demain, on les verra avec le soleil. »

• The meal looks memorable, although radioactive. « The tempura of this evening must be baptized » Tepco Tempura « I tell him. The dinner will be the moment favored to speak about its silence. We leave with two bags of supermarket full of buds. On the road, near the house, there is some bales of feed wrapped in the white plastic explosive. A mini shovel equipped with a crowbar is parked on the low side. Without mini shovel, not possible to load the bale on its K-Truck. Before going to the meadow, Naoto takes me to see bees. On a former workshop of open-air steel structure, two hives buzz. It is its new project. Without putting of protection, he lifts with precautions one of the lids, then the fabric which covers beams. The humming goes up several tones. » Bees get angry. It is cold. Tomorrow, they will be seen with the sun. 

 

 

Il prend quelques pommes de terre qu’un ami d’Iwaki lui a données. Je ne le sais pas encore, mais elles seront bouillies pour le petit déjeuner de demain. Nous descendons en contre bas de la route. Je retrouve le capharnaüm de sa ferme.

• He takes some potatoes which a friend of Iwaki gave to him. I do not know him yet, but they will be boiled for the breakfast of tomorrow. We lower it against bottom of the road. I find the shambles of its farm.

IMG_7923
Un jeune chien Akita à la robe commando est attaché à sa niche. « C’est une femelle » me dit Naoto. Elle porte le nom de la chienne qu’on lui a volé en 2013, Aki.

Un jeune chien Akita à la robe commando est attaché à sa niche. « C’est une femelle » me dit Naoto. Elle porte le nom de la chienne qu’on lui a volé en 2013, Aki. Trois chats viennent se frotter sur mes mollets. Leurs fourrures sont blanche, noire, ou commando. Shiro, Kuro ont été nommés selon leur couleur uniforme blanc et noir. Le troisième, un chat tricolore, porte le nom de Sabi qui indique un gris vert. Un quatrième chat blanc aux long poils soyeux se tient à distance élégant et méfiant. Ishi, un chien Akita est présent dans la ferme depuis plus de sept ans. Sabi et Shiro viennent se frotter contre lui et partagent sa niche lorsqu’il pleut. L’enclos près de l’entrée de la cour est vide. La dernière autruche a disparue.

• A young dog Akita in the dress commando is attached to its niche. « It is a female » tells me Naoto. She bears the name of the dog which he was stolen in 2013, Aki. Three cats come to rub themselves on my calfs. Their furs are white, black, or commando. Shiro, Kuro was named according to their uniform color white and black. The third, the three-colored cat, bears the name of Sabi which indicates a green grey. The fourth white cat in length silky hairs keeps at a distance elegant and suspicious. Ishi, a dog Akita is present in the farm for more than seven years. Sabi and Shiro comes to rub themselves against him and share his niche when it is raining. The enclosure near the entrance of the court is empty. The last ostrich disappeared.

 

 

Dans le pré, plus en contrebas cinq vaches et un poney, Yama paissent. « Une des vaches a 18 ans, c’est une grand-mère ». Les autres sont mortes. La tension des années de solitude a disparue. Il reste peu de témoins du drame de 2011. Une sérénité trompeuse flotte dans l’air. En 2013, chaque jour l’ONG Gambaru Fukushima déboursait 30 000 yens pour le fourrage aujourd’hui c’est 10 000 yens, soit 75 euros.

• In the meadow, more below five cows and a pony, Yama graze. « One of the cows is 18 years old, it is a grandmother ». Others died. The tension of the years of solitude disappeared. There are few witnesses of the drama of 2011. A misleading serenity floats in the air. In 2013, every day the NGO GAMBARU FUKUSHIMA paid out 30 000 yens for the feed today it is 10 000 yens, that is 75 euros.

 


Son voyage en France et sa participation à la manifestation à Fessenheim avait donné a Naoto Matsumura une grande idée. Si son corps était le témoin d’une catastrophe nucléaire, celui des vaches aussi. Le 20 juin 2014, lui et son ami Masami Yoshizawa, un autre fermier résistant avaient conduit une vache jusqu’au ministère de l’agriculture. Ils voulaient montrer sa robe constellée de taches blanches. « Ce qui arrive aux vaches aujourd’hui arrivera aux hommes demain. » avaient-ils dit aux journalistes accourus devant le ministère. La vache n’avait pas pu poser un sabot sur le goudron de Tokyo. La police était arrivée de suite pour « arrêter » le danger, et la vache.

• His journey in France and its participation in the demonstration to Fessenheim had given has Naoto Matsumura a big idea. If his body was the witness of a nuclear disaster, that of cows also. June 20th, 2014, him and its friend Masami Yoshizawa, another resistant farmer had driven a cow up to the Ministry of Agriculture. They wanted to show its dress dotted with white spots.  » What arrives at cows today will arrive at the people tomorrow.  » They had told the journalists run up in front of the ministry. The cow did not have been able to put a hoof on the tar of Tokyo. The police had arrived in a row « to arrest » the danger, and the cow.

 

 

Sur la robe des vaches survivantes, je ne vois pas de taches. Le poil est frisé brun noir. En cette saison, elles changent de robe. Le long d’une petite rivière qui coule le long du pré, Naoto m’indique un piquet planté dans l’herbe. Il porte des kanji, des idéogrammes. C’est un bâton funéraire bouddhiste selon la tradition japonaise. Une vache y a été enterrée. L’espérance de vie des bovins est de 20 ans. En sept ans, son petit cheptel s’est raréfié. Les animaux recueillis avaient été abandonnés. D’autres étaient des cobayes pour des expérimentations. Elles avaient des défauts de cornes, de robes ou de comportements. Elles auraient dû finir à l’abattoir. C’était une cour des miracles version étable. Après le décret de mise à mort des animaux survivants, elles auraient dû être abattues par les vétérinaires de la préfecture. Ils patrouillaient dans la zone radioactive et injectaient du poison dans tout ce qui leur tombait sous l’aiguille : veaux, vaches, cochons et autruche. Les vaches les plus fortes avaient survécus deux fois ; la chance avait aidé, Matsumura aussi. Dans son troupeau, malgré l’interdiction des vétérinaires, Naoto avait gardé un taureau entier. Les vaches avaient accouché de plusieurs veaux. Ils mourraient vite. Le césium accumulé dans le cœur durant la gestation les tuait.

• On the dress of the surviving cows, I do not see spots. The hair is curled black brown. At this time of year, they change dress. Along a small river which flows along the meadow, Naoto indicates me a picket crashed in the grass. It carries kanji, ideograms. It is a Buddhist funeral stick according to the Japanese tradition. A cow was buried there. The life expectancy of the cattle is of 20 years. In seven years, its small livestock became scarce. The meditative animals had been abandoned. Others were guinea pigs for experiments. They had defects of horns, dresses or behavior. They should have finished in the slaughterhouse.

They should have finished in the slaughterhouse. It was a Cour des miracles version cowshed. After the decree of killing of the surviving animals, they should have been shot down by the veterinarians of the prefecture. They patrolled in the radioactive zone and injected some poison in all which fell them under the needle: calves, cows, pigs and ostrich. The strongest cows had survived twice; the chance had helped, Matsumura also. In its herd, in spite of the ban on the veterinarians, Naoto had kept a whole bull. Cows had delivered several calves. They would die fast. The cesium accumulated in the heart during the gestation killed them.

 

Nous passons au supermarché acheter une grillade. Je m’exclame malgré moi : « TomTom !». Le supermarché fantôme de Tomioka a rouvert. À présent, il est appelé « Sakura mall ». Très bien achalandé, je me sens à Tokyo. Le vin que j’ai apporté, une fois à table devra être débouché. Je m’informe auprès du personnel pour trouver un tire-bouchon. Un employé me répond que nous en trouverons chez Daiei, le magasin qui jouxte le supermarché. L’homme a la cinquantaine et le visage tanné. Sous sa blouse il porte chemise et cravate ; du côté gauche, sur les deux mâchoires, il est pratiquement édenté. Du jamais vu, dans un supermarché. Chez Daiei, une grande chaine de fournitures domestiques, je trouve le tire-bouchon que je cherche. Dehors, un ouvrier est assis sur le trottoir, le visage sali d’angoisse. À chaque personne croisée, quelque chose tiquait.

• We pass in the supermarket to buy a grill. I exclaim in spite of me:  » TomTom! « . The ghost supermarket of Tomioka reopened. At the moment, he is called  » Sakura mall « . Very well stocked, I feel in Tokyo. The wine which I brought, once at table must be uncorked. I inquire with the staff to find a corkscrew. An employee answers me that we shall find at Daiei there, the store which adjoins the supermarket. The man has about fifty and tanned face. Under his blouse he wears shirt and tie; of the left-hand side, on both jaws, he is practically broken the teeth. Something unheard of, in a supermarket. At Daiei, a big chain of domestic supplies, I find the corkscrew for which I look. Outside, a worker sits on the pavement, the face made dirty by anxiety. To every crossed person, something pulled a face.

 

Nous sommes arrivés dans sa seconde maison, celle que lui prête l’ONG des oiseaux sauvages. Il y a l’eau courante, l’électricité mais pas d’eau chaude. Le chauffe-eau est en panne. Ou il a été volé. Dans la commune de Tomioka, les vols se poursuivent et les chauffe-eaux d’une valeur de 800 euros environ sont ciblés. Installés à l’extérieur de la maison pour des raisons de sécurité, ils sont faciles à démonter. La soirée sera arrosée et le sommeil spartiate. Naoto jette un futon sur les tatamis. Je débouche deux bouteilles de vin. Un Bordeaux blanc que j’ai trouvé sur un vieux scooter dans sa ferme, et un Buzet rouge que j’ai apporté. Naoto commence à préparer le diner. La nuit va être longue. Il bat de la farine avec de l’eau.

• We arrived in his second house, the one that lends to him the NGO of the wild birds. There is a tap water, an electricity but no hot water. The water heater breaks down. Or he was stolen. In the municipality of Tomioka, the flights continue and stokings – waters at approximately 800 euros are targeted. Installed outside of the house for safety reasons, they are easy to defuse. The evening will be watered and the Spartan sleep. Naoto throws a futon on tatamis. I uncork two wine bottles. White Bordeaux which I found on an old scooter in its farm, and red Buzet which I brought. Naoto begins to prepare the dinner.

Sur un camping gaz, l’huile d’une friteuse frémit. Depuis que je l’ai rencontré, depuis que la catastrophe a bouleversé le Japon, son mode de vie est immuable. Il est en constante survie, sans le moindre confort. Il y jette le premier bourgeon de taranome dans la friteuse. Je pose ma première question.

• The night is going to be long. He beats some flour with some water. On a camping gas, the oil of a deep fryer shivers. Since I met him, since the disaster upset Japan, its lifestyle is unchanging. He is in constant survival, without the slightest comfort. He throws the first bud of taranome in the deep fryer. I ask my first question.

« Ton père est dans la tombe de tes ancêtres dans le cimetière de Tomioka ? »
« Pas encore, les os sont encore à la maison. »
Selon l’usage bouddhiste nippon, après la crémation, les cendres (dont certaines ont conservé la forme des os) sont placées sur un autel funéraire dressé dans la maison. Par respect, nous dormons ailleurs.
« Il a souffert ? »
« Non, il avait 86 ans, c’est vieux. » Puis il ajoute : « Gan, cancer. À son âge, pas de traitement possible. Il a été lucide jusqu’à la fin. »
« Quel organe était touché ? »
« Les poumons. »
« C’est les radiations et les césiums, non ? »
« À Tchernobyl, il y a des personnes âgées qui vivent dans la zone interdite. »
« Oui, elles y vivent, et elles y meurent. Les radiations détruisent leur santé peu à peu. »
« À Tchernobyl, il n’y a eu aucune mort causée par l’explosion du réacteur ».

Je me crispe. C’est mot pour mot la propagande de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Pas un mort, pas un risque. Il suffit de visiter les cimetières pour compter le nombre de « liquidateurs », les ouvriers et soldats morts à ramasser les débris du réacteur explosé autour de la centrale.

 » Your father is in the grave of your ancestors in the cemetery of Tomioka?  »  » Not yet, bones are still at home. « 
According to the Japanese Buddhist use, after the cremation, ashes (which some kept the shape of bones) are placed on a funeral altar raised in the house. By respect, we sleep somewhere else.

 » He suffered? « 

 » No, he was 86 years old, it is old. « 

Then he adds:  » Gan, cancer. At his age, no possible treatment. He was lucid till the end. « 

 » What organ was affected ? « 

 » Lungs. « 

 » It is the radiations and the cesiums, no?  »  » In Chernobyl, there are elderly who live in the restricted zone.  »  » Yes, they live there, and they die there. The radiations destroy their health little by little.  »  » In Chernobyl, there was no death caused by the explosion of the reactor « .

I wrinkle. It is word for word the propaganda of the WHO (World Health Organization). No dead man, no risk. It is enough to visit cemeteries to count the number of « liquidators », the workers and the soldiers died to collect the fragments of the reactor exploded around the power plant.

« Des morts, il y en a eu beaucoup. Les soldats avaient le choix entre une balle de pistolet et les déchets radioactifs. Au fait, le docteur a-t-il annoncé le diagnostic à ton père ? »
« Non. »
Selon l’usage nippon, les docteurs indiquent la zone touchée mais pas la pathologie.
« Depuis trois ans, nous n’avons plus de nouvelles de toi et des animaux. C’est long. Tout le monde s’inquiète. Envoyer une photo par internet c’est facile. »
« J’ai arrêté internet depuis que je me suis fâché avec mon épouse. C’est elle qui s’en occupait. »
Il y a un an, son épouse Akiko m’avait déjà informé de la tension entre eux. Alors que Naoto continuait à m’affirmer que tout allait bien. En 2013, un enfant est né de leur union, Naoaki. Pour voir son fils une fois par mois, il fait l’aller et retour à Tokyo dans la journée. Les deux conjoints échangent peu de mots, voire aucun. Et les mauvaises nouvelles continuent, cette fois à propos de Naoaki. Ce bébé miracle était son plus grand défi au destin. Et ce destin est impitoyable envers lui.

« Deaths, there was a lot. The soldiers had the choice between a ball of pistol and the radioactive waste. By the way, the doctor announced the diagnosis to your father? »

« No. »
According to the Japanese use, the doctors indicate the affected zone but not the pathology.
« For three years, we have no more news of you and animals. It is long. Everybody worries. To send a photo by internet it is easy. »

« I stopped internet since I got angry with my wife. It is her who took care of it. »
One year ago, his wife Akiko had already informed me of the tension between them. While Naoto kept asserting me that everything was fine. In 2013, a child arose from their union, Naoaki. To see his son once a month, he makes the round trip in Tokyo during the day. Both spouses exchange few words, even none. And bad news continue, this time about Naoaki. This miracle baby was his biggest challenge in fate. And this fate is merciless to him.

« Tout le monde croit que le combat est fini, mais il ne fait que commencer»/ « Everybody believes that the fight is finished, but he only begins » 

Depuis sept ans, les journalistes et réalisateurs se sont succédés a Tomioka. Naoto a été invité en France, en Italie et Suisse. Cette manne médiatique lui a permis de résister au gouvernement japonais, mais elle n’a pas eu que des effets positifs. La jalousie des autres ONG s’est abattue sur Gambaru Fukushima, l’ONG créé par Naoto. Elle occupe une place centrale dans sa région, le Tohoku. De plus, depuis que le retour des 560 habitants de Tomioka, le respect et l’admiration qui entourent Naoto Matsumura provoquent un excès de sollicitations. Ce qui le dépasse et l’épuise aussi.

For seven years, the journalists and the directors followed one another has Tomioka. Naoto was invited in France, in Italy and Switzerland. This media basket allowed him to resist the Japanese government, but it had no that positive effects. The jealousy of others NGO beat down on Gambaru Fukushima, the NGO created by Naoto. She occupies a central place in her region, Tohoku. Furthermore, since the return of 560 inhabitants of Tomioka, the respect and the admiration who surround Naoto Matsumura cause an excess of requests. What exceeds him and also exhausts him.

« Tout le monde croit que le combat est fini, mais il ne fait que commencer»
laisse tomber Naoto.
« C’est à dire ? »
« La « décontamination » a été faite, mais on ne peut rien planter parce que personne n’achète. À prix égal, c’est la production des autres régions qui se vend. Fukushima doit vendre à perte. »
Naoto Matsumura ne fait rien au hasard. J’en ai eu maintes fois la preuve. Sa visite à la ruche avait un sens. Il me le dévoile.
« Parce que l’on ne peut rien planter, je vais produire du miel. Un miel parfumé, élégant, fluide et clair. Le meilleur est le miel d’acacia. »
Je tombe des nues. Je vois déjà sa marque « Le miel de Matsumura ». En mars 2011, les premières victimes des radiations ont été ses abeilles. Matsumura avait déjà des ruches.
« Tout de même, et les césiums dans les fleurs ? Les gens qui sont revenus habiter à Tomioka n’ont pas peur de la radioactivité dans ton miel ? »
« J’aurai les résultats des analyses de mon miel cette semaine. Si je ne peux pas le faire, ici je le ferai ailleurs. Des acacias il y en a beaucoup à Koriyama et Nagano. (Des villes respectivement distantes de 50 et 200 kilomètres). J’ai 20 ruches aujourd’hui, l’année prochaine j’en voudrais 200. »
« A Koriyama, il y a aussi de la radioactivité. »
« Oui, les gens s’inquiètent pour la nourriture, mais seulement si elle vient de la montagne. Chaque animal a un passeport à présent. Tout est traçable. » Puis il ajoute, amer :                  « Shinpaii naii, mondaii naii, ils ne s’angoissent pas, donc il n’y a pas de problème. »
En 2011, c’était la théorie du « docteur » Shunichi Yamashita, conseiller aux risques sanitaires auprès du gouvernement : « Les radiations n’affectent que les personnes qui ne sourient pas ». La peur des radiations n’était qu’une banale radiophobie. Le déni dans la bureaucratie était généralisé. Après sept de « décontamination » du terrain et de lavage de cerveaux, la propagande a contaminé la population.

• « Everybody believes that the fight is finished, but he only begins » leash to fall Naoto.
« That is? » « The » decontamination »was made, but we can plant nothing because nobody buys. At equal price, it is the production of the other regions that is sold. Fukushima has to sell at a loss. »
Naoto Matsumura does nothing at random. I had many times the proof. His visit in the hive had a sense. He reveals him to me.
« Because we can plant nothing, I am going to produce some honey. A perfumed, elegant, fluid and clear honey. The best is the honey of acacia. »

I am flabbergasted. I already see his brand  » The honey of Matsumura « . In March, 2011, the first victims of the radiations were his bees. Matsumura already had hives.
 » All the same, and cesiums in flowers? People who meant living in Tomioka are not afraid of the radioactivity in your honey? « 

 » I shall have the results of the analyses of my honey this week. If I cannot make it, here I shall make it somewhere else. Locust trees there is a lot to Koriyama and Nagano. (Cities respectively distant from 50 and 200 kilometers). I have 20 hives today, next year I would want 200. « 

 » To Koriyama, there is also of the radioactivity. « 

 » Yes, people worry about the food, but only if it comes from the mountain. Every animal has a passport at the moment. Everything is traçable.  » Then he adds, bitter:  » Shinpaii naii, mondaii naii, they do not get anxious, thus there is no problem. « 
In 2011, it was the theory of « doctor Shunichi Yamashita », to recommend to the sanitary risks with the government:  » the radiations affect only the people who do not smile « . The fear of the radiations was only a commonplace radiophobia. The denial in the bureaucracy was generalized. After seven of the « decontamination » of the ground and the wash of brains, the propaganda contaminated the population.
« Il y a eu des cancers à Tomioka ? »
« Il y a deux ou trois ans, les opérations de la thyroïde étaient nombreuses. »
« Qu’est devenue la seconde autruche ? » Les oiseaux que Naoto avait sauvés en 2011, étaient le symbole de l’aveuglement du gouvernement japonais. Les deux autruches provenaient d’un élevage situé au ras de la centrale explosée. Originaires d’Afrique du Sud, elles étaient sauvages, et s’étaient échappées à plusieurs reprises. La dernière fois, en 2015, Naoto les avait récupérées de justesse. Il les avait mis à l’arrière de son K-Truck. Mais à l’arrivée à la ferme, une des deux étaient mortes. Il ne pouvait que supputer la raison du décès. Un coup donné par l’autre oiseau avec une de ses puissantes pattes.
« La mort de la dernière autruche m’a fait mal au cœur. Les ouvriers qui faisaient la décontamination sont venus sur mon terrain. Ils étaient nombreux et leurs machines très bruyantes. J’avais mis l’oiseau dans un petit enclos. Elle est morte de stress. »

 » There were cancers in Tomioka?  »  » Two or three years ago, the operations of the thyroid were numerous.  »

• That became the second ostrich?  » The birds which Naoto had saved in 2011, were the symbol of the blindness of the Japanese government. Both ostriches came from a breeding situated level with the exploded power plant. Native of South Africa, they were wild, and had escaped repeatedly. The last time, in 2015, Naoto had just got back them. He had put them behind his K-Truck. But on arrival in the farm, one of the two had died.

He could only calculate the reason of the death. A blow given by the other bird with one of its powerful legs.
 » The death of the last ostrich hurt me in the heart. The workers who made the decontamination came on my ground. They were many and their very noisy machines. I had put the bird in a small enclosure. She died from stress.  »
A Yonomori, le cheptel interdit/Yonomori, the forbidden livestock

Il y a un second cheptel à Yonomori dans la zone interdite que je veux voir. Les vaches y sont bloquées depuis sept ans.
« Ok. Demain on va à « Tchernobyl » » C’est ainsi qu’est surnommée la zone. Personne n’y vit.
Le diner composé de tempura de Zenmai, de Taranome et de grillades arrosé de bordeaux blanc et de Buzet rouge est somptueux. Malgré l’absence de chauffage, le          « Tepco tempura » que m’offre Naoto est un repas inoubliable. Les goûts sont intenses et d’une fraîcheur jamais connue. Une question s’impose. Le nouveau défi de Matsumura pour le miel des abeilles possède-t-il une signification aussi forte que le sauvetage des animaux après la catastrophe nucléaire ?

There is a second livestock to Yonomori in the restricted zone which I want to see. Cows are blocked there for seven years.
« OK. Tomorrow we go to »Chernobyl »

 

This is the way is nicknamed the zone. Nobody lives there. 
The dinner compound of tempura of Zenmai, of Taranome and grills watered with white Bordeaux and with red Buzet is luxurious. In spite of the absence of heating, « Tepco tempura » which offers to me Naoto is an unforgettable meal. The tastes are intense and of an ever known freshness. A question is imperative. Does the new challenge of Matsumura for the honey of bees possess a meaning as strong as the rescue of animals after the nuclear disaster?

The next day, after a bend by the city center where takes place a matsuri, a traditional party for two days, we enter the restricted zone. Guards always check the entrance. To reach it, I had to hide under a cover, but it was almost a formality. Yonomori is silent as a grave. Streets are made dirty of wild grasses, and houses in ruins. Porsche Carrera is parked under a canopy. A mold grows in the crack of the safe before. I kick in a tire. No flight.

Le lendemain, après un détour par le centre ville où se déroule un matsuri, une fête traditionnelle depuis deux jours, nous entrons dans la zone interdite. Des gardes contrôlent toujours l’entrée. Pour y accéder, j’ai dû me cacher sous une couverture, mais c’était presqu’une formalité. Yonomori est silencieuse comme une tombe. Les rues sont salies d’herbes folles, et les maisons en ruines. Une Porsche Carrera est garée sous un auvent. Une moisissure pousse dans la fente du coffre avant. Je donne un coup de pied dans un pneu. Pas de fuite.
L’enclos est situé près d’une église laïque, une grande bâtisse en forme de basilique ou se tiennent des cérémonies de mariage. En trois ans, le troupeau de Yonomori s’est clairsemé. Durant mes précédentes visites, j’ai vu deux veaux mourir. Une dizaine de vaches attendent leur fourrage. Pas un meuglement.

The enclosure is situated near a laic church, a big building in the shape of basilica or are held wedding ceremonies. Under the concrete of the foundations, two foxes dug their den, and all around, we find bones of hare. In three years, the herd of Yonomori thinned out. During my previous visits, I saw two calves dying. About ten cows wait for their feed. No mooing.

 

Pour me faire entrer, Naoto a pris une voiture, au lieu de son petit camion. Donc les vaches auront leur repas lorsqu’il reviendra ce soir après mon départ. « Elles meurent à cause de leur âge, ou par les combats. Les plus fortes s’imposent sur les plus faibles et les affament. Elles finissent par mourir. Le monde des bovins est sans merci. » Depuis qu’il les nourrit, Naoto a reçu deux coups de sabots. « La vache ne me voyait pas donc elle a rué par peur ».

• To let in me, Naoto took a car, instead of its small truck. Thus cows will have their meal when it will come back this evening from my departure.  » They die because of their age, or by the fights. The strongest are imperative on the most weakest and starve them. They eventually die. Le Monde of the cattle is merciless. Since he feeds them, Naoto received two blows of clogs. Thus « The cow did not see me she kicked by fear ».  
L’âge n’explique pas tout. En sept ans, les vaches ont aussi absorbé des radiations ; cela les a poussées vers la mort, sans à coup. Elles sont, et seront toujours les symboles de résistance à la technocratie, et elles ont méritées la compassion de Naoto Matsumura et des donateurs de « Kizuna pour Naoto ». Mais la vie continue, il n’y a plus rien à voir à Tomioka. « Les étables de la mort » ou des dizaines de vaches avaient péri dans leur box ont été nettoyées.

• The age does not explain everything. In seven years, cows also absorbed radiations; it pushed them towards the death, without in blow. They are, and will always be the symbols of resistance in the technocracy, and they deserved the condolence of Naoto Matsumura and the donors of « Kizuna for Naoto ». But life continues, there is nothing more to see to Tomioka. « The cowsheds of the death » or dozens of cows had died in their cubicle were cleaned.

 

IMG_8092

Les visiteurs qui viennent prennent en photo les compteurs Geiger urbains. La radioactivité ne fait plus peur. Elle a été banalisée au point de devenir invisible une seconde fois. Ou mieux : à n’être qu’une curiosité. Le gouvernement japonais a atteint son objectif, en partie du moins puisque les touristes reviennent. Pourtant une sourde intuition s’installe. Les gens qui travaillent ici ressemblent au troupeau des vaches de laboratoire sauvé par Naoto. Ils portent un voile de désespoir et de fatalité. Les perdants de la société japonaise retrouvent une seconde chance dans la zone radioactive ; une cour des miracles façon catastrophe nucléaire. Les hommes prennent la place des vaches.

The visitors who come photograph the urban Geiger counters. The radioactivity does not frighten any more. It was trivialized in the point of invisible future second time. Or better: to be only a curiosity. The Japanese government reached its goal, partially at least because the tourists return. Nevertheless a deaf person intuition settles down. People who work here look like the herd of the cows of laboratory saved by Naoto. They carry a veil of despair and fate. The losers of the Japanese society find a second chance in the radioactive zone; a Cour des miracles way devastates nuclear power. The people take the place of cows.

Il reste des questions importantes : Quel est le sens des actions de Naoto Matsumura face à la puissante propagande et à l’efficacité industrielle du gouvernement japonais ? Combien de temps reste-t-il à vivre aux 15 vaches et au poney ?

There are important questions: what is the sense of the actions of Naoto Matsumura in front of the powerful propaganda and in the industrial efficiency of the Japanese government? How long does it remain to live in 15 cows and in pony?

Les témoins et survivantes au drame de Fukushima s’éteignent une par une. Naoto a pris une stature de géant dans sa région, et il fait ce qu’il sait faire de mieux : il continue de protéger la vie. Son choix de produire du miel s’inscrit dans la macro tendance de l’écologie. La population globale des insectes est en chute libre dans les campagnes d’Europe. Les écologistes, scientifiques et Naoto pointent du doigt Monsanto pour ses pesticides.

• Witnesses and survivors in the drama of Fukushima go out one by one. Naoto took giant’s stature in his region, and he makes that he knows how to do best: he continues to protect the life. His choice to produce some honey joins in the macro trend of the ecology. The global population of insects takes a nose dive in the countrysides of Europe. The ecologists, the scientists and Naoto point at Monsanto for its pesticides.
L’insecte, l’abeille, est le nouveau symbole de la lutte de Naoto Matsumura pour la sauvegarde de l’environnement. Dans cet univers sinistré, l’abeille, et bientôt le miel, seront le nouveau combat pour la Vie de cet homme à tout jamais résistant.

The insect, the bee, is the new symbol of the fight of Naoto Matsumura for the protection of the environment. In this stricken universe, the bee, and soon the honey, will be the new fight for the Life of this man for ever resistant.

Au dessus du guichet de la gare, un écran affiche la radioactivité ambiante.
0,074 micro sievert à 15h30 puis 10 minutes après : 0,067. Le vent qui souffle très fort aujourd’hui brasse l’air du nord au sud. Et dans la centrale de Daii Ichi, les travaux continuent pour refroidir le corium et stocker l’eau radioactive. Tout semble être revenu à l’harmonie la plus béate. C’est le meilleur des mondes jusqu’à la prochaine catastrophe nucléaire…

Above the counter of the station, a screen shows the ambient radioactivity.
0,074 microsievert at 3:30 pm then 10 minutes later: 0,067. The wind which very blows hard today brews the air from north to south. And in the power plant of Daii Ichi, the works continue to cool the corium and store the radioactive water. Everything seems to have returned to the most blissful harmony. It is the best of the worlds until the next nuclear disaster …

Copyright Antonio Pagnotta- Tomioka avril 2018

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s